Extrait du guide Peuples du Monde Mongolie, pages 14 à 16.

« Gobi » est un mot mongol dont le sens est bien précis. Il désigne une certaine catégorie d’accident géographique, en l’occurrence de larges cuvettes dont le fond de rochers, très peu creux et presque uni, est revêtu de sable, de cailloux et surtout de graviers. Les grands gobis sont appelés tala et comprennent quelquefois plusieurs gobis plus petits. Chaque tala se compose donc de plusieurs gobis et chaque gobi peut être à son tour composé de micro-gobis de 6 à 120 m de creux par rapport à leurs bords et de quelques centaines de mètres de surface. L’ensemble constitue le grand désert de Gobi. On peut le diviser en deux : l’occidental, entre l’Altai et le Nan-chan, et l’oriental entre l’Altai et le grand Khingan (Ta Hsian An Ling). Un corridor entre la pointe est de l’Altai et les monts Khara-Narin (Khara Nariin uul), relie entre elles les deux parties.

Le grand Gobi mongol mesure près de 1.200 km du nord au sud et 2.000 km d’est en ouest. Mais la géographie n’a rien à voir avec la politique et le désert de Gobi outrepasse les frontières. À l’est il déborde de 500 km le Khingan et à l’ouest il ne s’arrête à la frontière que parce que le mot Gobi s’arrête là. Mais en réalité le Gobi, la Dzoungarie et le Turkestan oriental ne forment qu’un seul désert. Du Pamir à la limite de la Mandchourie, le Gobi dans son intégralité mesure 3.600 km. Les Chinois l’appellent « la mer sèche » et certains géologues ont effectivement pensé que l’océan le recouvrait à une certaine époque. La découverte, à partir de 1893, de restes de dinosaures, a eu raison de cette hypothèse.

Concentrons-nous sur le Gobi mongol. Les rebords s’élèvent de 1.600 à 2.200 m, tandis que le point le plus bas, le puits de Sain Us, est à 850 m d’altitude… En moyenne le Gobi oscille autour de 1.000 m avec des creux et des renflements qui en font une surface moins monotone qu’on pourrait le penser.

Le Gobi n’est pas l’enfer absolu que l’on s’imagine et le voyageur doit s’ôter de la tête les idées reçues véhiculées par les déserts du Kalahari ou du Sahara. Rien à voir avec le Tanezrouft. On y trouve de l’eau et de l’herbe et, lorsque le précieux liquide est absent, il suffit de creuser. Il est d’autant moins un désert absolu que certaines rivières parviennent à le pénétrer. Ainsi, entre le Khangai et l’Altai, on compte six cours d’eau considérables, dirigés du nord au sud, tous alimentés par le Khangai. Ils se divisent en de nombreuses branches. La Baidrag, par exemple, en a onze et la Tuin Gol quinze. Tous aboutissent à des lacs salés : la Baidrag au Böön Tsagaan nuur, l’Ongi à l’Oulan nuur, la Tuin gol à l’Orog nuur. Le Böön Tsagaan est le plus à l’ouest ; c’est aussi le plus stable. Ses eaux sont saturées de sel et de souffre.

Le désert pénètre partout où il peut. Il s’approche par exemple d’Oulan-Bator. Ce n’est qu’à proximité de la vallée de la Tuul que le paysage change soudain et que, du sommet d’une crête de 2.500 m, aux roches nues recouvrant le flanc méridional, succède d’un seul coup la forêt dense de conifères, de bouleaux et de trembles du flanc nord.

À l’est, en approchant du Khingan, le pays est très différent. Le large plancher des vallées est tapissé de hautes herbes qui caressent la poitrine. Dans cette sorte de savane prolifèrent aussi saules, ormeaux, bouleaux et petits peupliers, quelquefois groupés en bosquets. La région est très peuplée et les prairies sont succulentes pour les nombreux troupeaux. Pourtant, pour les géographes, c’est toujours le Gobi dont le sable s’insère partout.

Le Khingan, qui n’est pas, nous l’avons dit, la limite est du Gobi, est une puissante montagne s’élevant à 2.100 m, et dominant de 1.200 m la grande dépression du désert à 80 km de là. Il est fait de gneiss et de schistes coupés de granit. Large de 120 à 200 km, il décrit du nord au sud une courbe de 1.700 m. Un col de 1.540 m mène aux vallées fertiles de la Chine. On l’appelle Kalgan, du mongol kalga, « porte ».

Au sud, tout un réseau de chaînes très complexes sépare le Gobi de la Chine.

La faune et la flore du Gobi sont riches et diversifiées, compte-tenu du relief désertique dans lequel elles ont élu domicile. On note notamment la présence d’espèces rares comme le célèbre cheval de Przewalski (Equus Prjevalski) ou le khulan (l’âne sauvage). C’est au début du 19e siècle que Nicolai Prjevalski découvrit ce poney robuste, sauvage et trapu de couleur brun-ocre, et en ramena plusieurs spécimens pour les zoos d’Europe. Ce faisant, il sauva cette espèce dont le dernier représentant in situ disparut en 1967. Aujourd’hui, des tentatives de réintroduction de cet animal dans son milieu d’origine sont en cours et semblent bien se passer, le séjour dans les zoos n’ayant, semble-t-il, pas avachi l’espèce. Le cheval de Przewalski vit, ou plutôt vivait, en bandes de cinq à quinze individus. Son principal prédateur était le loup.

Le khulan, ou kulan (Equus herminonos pallas) tient du cheval et de l’âne, de l’âne sauvage et de l’hémione, comme l’indique son nom latin. Pour les zoologues c’est en effet un âne sauvage. Semi-nomade, il parcourt les montagnes en été, les steppes en hiver. Il est en danger de disparition.

En ce qui concerne la flore, il faut mentionner le célèbre saxaoul dont les chameaux raffolent. Cet arbuste peut atteindre 4 m. Il ne porte pas de feuilles. Ses racines s’enfoncent très profond à la recherche de l’eau, d’où sa capacité à s’adapter au désert. C’est aussi un excellent combustible.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *