De TREIGNAC à CREUZIER le VIEUX …

Notre maison, « le Puy Mont Viallard », était nichée en pleine nature, à deux kilomètres du village, un petit village corrézien de 1800 habitants (aujourd’hui 1500) : Treignac sur Vézère.

« Culte catholique. Hospice. Maison de retraite. Médecins, pharmacien, dentiste. Bureaux des principales banques les jours   de foire. Taxi, auto-école. Garagistes des grandes marques. Cinéma. Salle des fêtes. Terrain de sport, tennis. Camping. Plage aménagée avec baignade surveillée par maître-nageur du 1° juillet au 31 août. Jeux pour les enfants sur la plage. Musée. Club hippique. Village de vacances. Cité administrative : PTT, Ponts et chaussées, Perception. Tour du XVI ème siècle, panorama … » gonfle naïvement  le dépliant publicitaire à l’usage de la faune estivale, avec cette précision d’importance « .. la ville est alimentée en eau de source .. », ce qui d’évidence ne va pas de soi pour un gars de la Garenne Colombes ou de la place Clichy.

Pour moi, Treignac, où je suis allé en classe et où j’ai fait mes classes, c’est bien autre chose, un envers qui chante mieux encore que ce décor.

La Vézère serpente dans ses entrailles, mollement, humectant de ci de là (cahin caha) ses berges herbeuses, son pont Finot, la filature Passap et le vieux pont moyenâgeux. Soudain, lorsque l’on ouvre en grand les vannes du barrage, pour la course annuelle de canoë-kayak de Pentecôte, elle s’élance, depuis le saut de la Virolle, tumultueuse et bouillonnante, elle entrelace les roches, bave son écume blanche, charrie son eau verte et fraîche, nourrit ses carpes, ses truites, ses perches, ses sandres. En remontant de la place aux Bancs, je passe sous la porte voûtée où sont inscrites les armoiries de la ville, dernier vestige des remparts de la vieille cité fortifiée et je me revois, adolescent, en train de peindre au minium la statue de Maître Charles Lachaud, avocat d’Assises, enfant de chez nous qui trône en place du Foirail.

A quinze ans, les hommes illustres vous paraissent avoir des gueules d’enterrement, d’étouffement. Treignac, ses ballades, ses pétarades à mobylette, la Pierre des Druides, le Rocher des Folles, le Calvaire et toi.

Je ne me lasse jamais de découvrir chaque matin les Monédières, nos modestes montagnes rondes couvertes de genêts, de bruyère et de myrtilles et qui culminent à 920 mètres en ce port d’Envalira de la Haute Corrèze, au nom de miel et de printemps, le Suc au May. Jadis roses, elles sont aujourd’hui couvertes de résineux, du sapin, du pin douglas aux effluves de citronnelle.

Je fus élevé là par mes grands parents, dans la solitude, et j’y grandis dans un parfum de patiente mélancolie et de tranquille apaisement, loin des contraintes et des réalités. Comme un filet d’eau, vivace mais ruisselant à peine, attendant l’aurore mais chérissant le crépuscule…

(extraits de mon roman « Narcisse » écrit dans les années 70)

Les années ont passé. Treignac fut classé un temps parmi les plus beaux villages de France.    La filature Passap est depuis longtemps désaffectée, mes grands parents sont morts et le Puy Mont Viallard a été vendu il ya de nombreuses années.

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