Et si nous partions en Crète au printemps prochain…

L’écrivain suprêmement anglais Lawrence Durrell a fait une très bonne action: écrire au profit des voyageurs idéalistes, ignorants et, chose incroyable, parfois même français, tout un recueil de savoureux conseils, aimables préceptes et leçons diverses allant de la mythologie aux recettes de cuisine locale, afin de les aider à naviguer , marcher ou  rêver d’île en île, éclaboussés par la lumière la plus subtile de ce fol univers: celle de la Grèce tant désirée… Au coeur du monde grec, une terre ceinture la cascade aérienne des Cyclades de ses montagnes: la Crète île des enchantements,île farouche, sauvage, trompant le touriste, se moquant  de tous ses visiteurs: archéologues amateurs, professeurs de grec ancien, étudiants s’évertuant à déchiffrer son alphabet sorti de la nuit antique, amoureux de Pasiphaé et foule de gens tranquilles préférant les spécialités culinaires en bord de mer à l’escalade du Mont Ida. Pourtant  qui résisterait à la tentation adorable de partir en Crète au printemps prochain ?

Surtout pas Lawrence Durrell ! Suivons-le, guide venu du royaume d’Hadés, se faisant le chantre du pays de la lumière  en  trempant son impérissable humour dans un savant mélange d’élégance, d’ironie et d’humanisme.

Ile lointaine, la Crète ne se gagne pas de la même façon selon que l’on choisisse la côte nord ou la côte sud. Si notre bateau, imaginons un voilier revêtu de bois merveilleusement astiqué sous la lumière d’un matin de mai, a le malheur de se diriger vers le sud, il cherchera en vain une crique ou un port de pêche au bas de « montagnes surgies directement de la mer et formant de vastes murs contre lesquels la mer cogne, éclate et s’écrase toute l’année « .

Sentant sur notre frêle esquif la malédiction du Minotaure en personne, nous cinglerons vers le nord, et entrerons sans trop trembler dans le port de Souda, près de La Canée. Mais, un poignant regret nous hantera: celui de n’avoir pas suivi le périple de Zeus qui, métamorphosé en taureau, déposa la nymphe Europe, après un long périple à la nage, sur un rivage du sud. Là, au creux d’un vallon, non loin de la ville de Gortyne, « le service forestier de Crète a la singulière et admirable courtoisie d’indiquer aux voyageurs, grâce à un panneau rustique que « c’est au pied de ce Platanus Orientalis, arbre très rare et intéressant pour la mythologie, que Zeus transformé en taureau, s’unit à la princesse Europe pour enfanter le roi Minos « .

Ce texte délicieux est cité par l’immense amoureux de la Grèce que fut Jacques Lacarrière…

Il nous faudra traverser les montagnes et oser mille aventures avant de nous reposer sous la ramure printanière de ce platane salvateur… La Crète, explique Lawrence Durrell « est une grande île qui mérite plusieurs jours au moins, non seulement pour voir des ruines, mais aussi pour apprécier la beauté individuelle de ses paysages et découvrir dans les villages écartés ce qui fait toute la différence « .

A commencer par le poids énorme de l’histoire…Voici trente siècles, Homère chantait le royaume de Minos comme l’île enrichie de cent cités splendides; bien avant, au coeur des palpitations divines,

le futur roi des Dieux, Zeus, enfant traqué par son père Ouranos qui avait l’étrange manie d’avaler ses rejetons à la naissance, trouva en une grotte le refuge de ses jeunes années, et en la douce nymphe Amalthée la première de ses innombrables conquêtes…

Cette émouvante légende flotte encore dans l’air transparent de notre matin de mai; la Crète est une terre où l’on sait défendre vigoureusement la liberté, où l’hôte est sacré, le don naturel  et sincère.

Notre itinéraire, chaudement conseillé par Lawrence Durrell, nous le fera vite réaliser.

De la Canée à Sitia, du nord au sud , »on a un aperçu de la diversité des paysages  » et, pour notre bonheur, des « strictes lois de l’hospitalité ». Lors de ce printemps de 1978, printemps englouti mais encore vivace, l’écrivain anglais fut ainsi convié par le terrible « pallikar » d’un hameau retiré à un festin de guerriers digne d’un chant de l’Illiade: « Il peut être difficile d’éviter le festin d’un mouton entier, y compris l’oeil, mets de choix, que l’on vous offrira au bout d’une fourchette avec un moulinet tout odysséen « .

La Crète est une terre où l’on marche sur les mystères, où, selon  Giraudoux dans « La guerre de Troie n’aura pas lieu », « les jambes des déesses pendent du ciel », où le passé se prononce avec des mots de tous les jours. Le labyrinthe a -t-il existé ? Le Minotaure sommeille-t-il sous les montagnes ?

Durrell nous rappelle ce proverbe hantant la mémoire collective: « Il ne faut pas réveiller le monstre « .

Grâce au Dieu Hermés ou tout  simplement au malicieux Eros, ce ne sont pas des monstres à tête de taureau qui entraînent les voyageurs s’égarant entre les salles du palais de Cnossos mais de radieuses danseuses à la taille étranglée; prestes et légères silhouettes trop élégantes pour surgir d’un passé cruel, se moquant des rudes masses des taureaux lâchés  qu’elles évitent de leurs bonds aériens.

Image cruelle, image irréelle, image vue et revue, et à jamais déroutante. Peut-être le symbole de cette civilisation perdue, brillante et cruelle, qui s’offre à vous au moment où vous la croyez aussi hermétique que les signes du disque Solaire de Phaïstos, « si curieux et si beau » dit Durrell.

Un sourire, un bouquet de fleurs, un ouzo donnés par un nouvel ami touché de votre rêverie, et la Crète saura faire de vous son homme-lige. Vous lui appartiendrez, elle vous apprendra que nostalgie est un mot grec… Enfin, même si nous sommes sur une île, c’est aux montagnes de nous révéler l’âme secrète de ce pays baigné d’éternité « Entre les Montagnes Blanches et la chaîne des Lassithi, il n’y a guère que la différence symbolique due à la connotation poétique des mots Ta Lefka Ori.

Cette grande harpe de rochers est tout éblouissante de neige en hiver et elle personnifie tout le secret et le silence qui gisent au cœur de l’âme crétoise. Solitude, silence, blancheur, telle est la forteresse inviolée de l’esprit crétois, et est donc le plus probable berceau de Zeus « …

Hélas, les beaux voyages ont une fin, s’il nous faut reprendre la mer afin de retrouver notre Ithaque,

gardons le souvenir de la Crète en ouvrant un extraordinaire ouvrage « Le Crétois » de Pandélis Prévélakis  et surtout laissons le charme de Pasiphaé,fille du Soleil, nous envelopper de sa lumière…

Sans oublier Durrell, écrivain épris de la lumière grecque: « La lumière ! To Phos, mot qu’on entend partout; il y a des ténèbres mais des ténèbres palpitantes de violet, cela donne à toutes choses une sorte de peau brillante de lumière blanche.C’est, si j’ose dire, l’œil de Dieu à nu et qui vous aveugle « .

Laissons cette lumière grecque inonder nos hivers !

A bientôt,peut-être pour un voyage  dans la Grèce française, la Provence chantée par le poète Mistral.

Lady Alix

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